Alex Dorval – Dossier COVID-19 – Avril 2020

Dans quelles mesures notre relation au temps influence-t-elle le stress et l’anxiété qui nous guettent actuellement ? À quel agenda pouvons-nous espérer raccrocher nos espoirs d’un lendemain de cette crise?

« L’usure du temps »

La pause imposée par le confinement entre en paradoxe avec la vitesse à laquelle le virus se propage ainsi que celle avec laquelle l’information circule. Notre perception du temps est flouée par la perte de repères routiniers. D’un côté, on perd la notion des jours de la semaine, comme si le temps était suspendu, et de l’autre, on ressent une sorte de fuite exponentielle du rythme auxquels les jours passent. On s’étonne : « ça fait déjà trois semaines que l’urgence sanitaire a été déclarée ! »

Selon Simon Grondin, professeur à l’École de psychologie de l’Université Laval et auteur du livre Le temps psychologique en questions, « notre perception du temps joue un rôle crucial actuellement quant à la capacité de chaque individu à s’organiser. »

Article rédigé avec la collaboration de Simon Grondin, professeur à l’École de psychologie de l’Université Laval et auteur du livre: Le temps psychologique en questions

« Cultiver les repères »

Sur la question du stress et de l’anxiété, le professeur nous explique que « l’incertitude temporelle relative à la durée de la crise contribue à une impression de perte de contrôle qui est un terrain fertile pour l’anxiété, celle-ci pouvant être étroitement associée à la perspective d’événements futurs négatifs ». Il nous rappelle alors « l’importance de la routine, souvent perçue comme irritante, mais pourtant nécessaire ».

Nos journées sont normalement ponctuées par une multitude de points de repères, du son du cadran le matin jusqu’à l’heure du souper, en passant par la pause-café au travail. Sans être totalement disparus, ces jalons sont devenus plus diffus pour plusieurs d’entre nous, et ils font place à d’autres éléments de routine, comme l’habitude de regarder un après l’autre les points de presses des premiers ministres et le téléjournal du soir par exemple.

À ce titre, le professeur Grondin avance que « ce serait même pertinent que le premier ministre nomme le jour de la semaine et la date avant chaque point de presse, ou que celles-ci apparaissent au bas de l’écran ». Il faudra pour sûr en arriver collectivement à s’accrocher à des marqueurs de temps moins flippants que simplement des données sur le nombre de cas et de décès par jour et par secteur. « Un peu à la façon du marathonien, image le professeur, il faut se préparer et gérer notre énergie. Même si ça semble difficile, il faut accepter la possibilité que la crise puisse durer encore quelques mois. Autrement, nous pourrions être déçus, voire exaspérés ou exténués, dans quelques semaines. »

« C’est comme un ballet »

S’il est difficile de donner une définition précise ou une forme empirique au temps, il y a certaines notions sous-jacentes à celui-ci qui sont plus facilement observables, telles que le rythme et la synchronisation. Ces principes d’action sont indissociables des grands mouvements de l’humanité. Qu’il s’agisse de charpentiers qui construisent un hôpital en 10 jours à Wuhan en Chine ou du respect collectif des règles de confinement par les habitant.es d’une région du Québec, nous avons besoin, pour accomplir de grandes choses, de coordonner nos efforts.

Pensons également, de façon plus symbolique, aux églises qui font sonner les clochers ces temps-ci pour démontrer leur solidarité envers la population, aux klaxons des remorqueurs de Trois-Rivières et aux lumières qui flashent dans les quartiers résidentiels de la province en soutien aux travailleurs.euses de la santé. Ou encore en termes plus « biologiques », songeons aux bienfaits des exercices de respiration, aux effets de la musique et de la relaxation sur la physiologie du stress. Le simple fait de se synchroniser peut jouer, selon le professeur universitaire, « une fonction déterminante. C’est comme un ballet, ajoute-t-il. Pour combattre l’usure du temps, il faut apprécier les efforts collectifs, se soucier de la cohésion sociale, comprendre qu’on en fait partie. »

Prendre le pouls

À l’instar de se laver les mains, il y a de ces petites choses du quotidien qui paraissent si élémentaires qu’on en vient à en négliger l’importance. Avec le recul que nous offre la cessation internationale des activités humaines, il semble déjà à propos de relativiser et de questionner s’il est plus inquiétant de voir le rythme effréné du système productiviste ralentir que la prise de conscience de là où il nous a mené. Sans remettre tout en question, disons seulement que l’heure est à prendre le pouls.

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