Stéphanie Dufresne – Environnement – juin 2021 

Quelle est l’utilité de nos efforts individuels face aux grands changements socio-économiques qu’il faudra réaliser dans les prochaines années?

Nos choix alimentaires ont des conséquences directes sur l’environnement et le climat. En outre, l’industrie agroalimentaire utilise des combustibles fossiles, responsables des émissions de gaz à effet de serre, dans la plupart des activités qui lui sont associées : élevage et agriculture, transport, transformation, emballage, distribution, gestion des déchets, etc. D’autres problèmes environnementaux sont aussi causés par une production agricole industrielle peu respectueuse ou mal encadrée : empiètement des surfaces agricoles sur les espaces naturels et les habitats fauniques, utilisation massive d’engrais, d’herbicides et de pesticides qui perturbent la biodiversité, dégradation et érosion des sols, pollution des cours d’eau et souffrances chez les animaux d’élevage.

Devant l’ampleur des problèmes causés par un système alimentaire mondialisé, permettez-moi de constater qu’en mettant la pression sur le dos des consommateurs, on escamote les dynamiques systémiques et politiques à l’origine des problèmes écologiques.

Comme c’est le cas pour plusieurs problèmes environnementaux, le discours ambiant tend à responsabiliser les individus en cherchant à orienter leurs comportements. Ainsi, en matière d’alimentation, un « consommateur écoresponsable » est généralement une personne qui adopte une ou plusieurs habitudes comme manger local, réduire son usage de plastique, acheter des produits équitables ou biologiques, respecter la saisonnalité des aliments, limiter le gaspillage, ou adopter un régime végétalien.

Le mythe des petits pas

Depuis des années, on nous assomme du mythe des petits gestes et de la légende du colibri qui fait sa part pour éteindre le feu à coup de gouttelettes d’eau. La technique est aussi vieille que le capitalisme : sur-responsabiliser les individus pour les problèmes sociaux et environnementaux qui ne dépendent pas d’eux.

La réalité est que, à force de s’acharner sur les petits pas à effectuer dans la sphère privée, on dépolitise les solutions. Car au-delà des impacts directs d’une action ou d’une autre sur l’environnement, il faut comprendre que les crises du climat et de la biodiversité sont causées par un système marchand basé sur la maximisation des profits, qui externalise ses impacts. Dans ce contexte, comment reconfigurer les systèmes de production alimentaires vers des pratiques agroécologiques, s’assurer d’une juste distribution et d’un accès pour tous aux aliments, construire des souverainetés alimentaires et créer des communautés rurales fortes autrement que par des réformes collectives et des mouvements globaux?

Comprenez-moi bien : je ne démonise pas les changements de comportements individuels et je suis la première à tenter de vivre en concordance avec mes valeurs écologiques. Qui plus est, j’adore les marchés publics et les petites fermes que je m’efforce de soutenir. Toutefois, devant l’ampleur des problèmes causés par un système alimentaire mondialisé, permettez-moi de constater qu’en mettant cette pression sur le dos des consommateurs, on escamote les dynamiques systémiques et politiques à l’origine des problèmes écologiques.

Par ailleurs, il est culpabilisant de se sentir responsable de la catastrophe environnementale lorsque l’on ne fait pas des choix parfaits dans sa cuisine, ses activités ou ses transports. Ne cherchez pas plus loin la source de l’écoanxiété généralisée. Surtout lorsque l’on prend conscience que les « écogestes » n’y changent pas grand-chose.

De toute façon, les choix individuels quotidiens de la majorité sont façonnés par la norme, l’organisation sociale, l’aménagement du territoire et les infrastructures marchandes en place. La limite des actions individuelles sur l’organisation sociale dans son ensemble est donc atteinte rapidement. Parlez-en à une personne qui souhaite adopter un mode de vie zéro déchet dans un monde dominé par des magasins grandes surfaces remplis à ras bord de produits suremballés. De quoi se décourager très vite.

Place à l’écocitoyenneté

Alors faut-il baisser les bras? Comment donner du sens à nos actions et incarner notre désir de voir les choses s’améliorer? Une première piste de solution réside dans la pratique d’une écocitoyenneté active.

On ne fait généralement pas vraiment de distinction entre écoresponsabilité et écocitoyenneté. Or, l’écocitoyenneté dépasse la simple responsabilité car elle nous renvoie à la dimension politique de notre rapport à l’environnement. Elle implique un désir d’appropriation citoyenne des enjeux et de participation aux décisions qui nous concernent tous.

Les possibilités sont nombreuses pour se réapproprier le système alimentaire et repolitiser l’alimentation : expérimentation de solutions collectives, mobilisation et militantisme, implication sociale et politique, action directe, initiatives de transition et de mises en commun citoyennes.

Le déconfinement est une belle occasion d’agrandir notre rayon d’action. Sortons de nos cuisines et cultivons notre pouvoir d’agir à toutes les échelles. Parce qu’ultimement, l’énergie investie sur les changements de société ira toujours plus loin que celle dirigée vers les changements d’habitudes individuelles.

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