Alex Dorval – Août 2020

Une relance juste et solidaire sur le plan social est une relance verte. Le contraire n’est pas nécessairement vrai. Je m’explique :

Le discours environnementaliste serait-il en train de faire écran à celui des autres luttes sociales (lutte des classes, réforme fiscale, protection de la jeunesse, droits à l’éducation et à la santé, équité salariale, égalité des sexes, droits des peuples et minorités, protection des droits civils, etc.) ?

Sans avancer l’idée que les luttes aux changements climatiques et à la protection de nos écosystèmes naturels ne relèvent pas de la justice sociale, il est néanmoins judicieux d’observer, notamment dans le contexte de la relance économique, comment le discours vert gagne en tribunes politiques et médiatiques, alors que plusieurs luttes civiles semblent ne plus trouver les mots pour se faire entendre, font du sur place, voire, se rangent  derrière l’idée d’une relance verte et donc supposément plus juste sur le plan social. Or, l’un ne présuppose pas forcément l’autre.

Refuser de lutter

La lutte aux changements climatiques est une lutte sociale. Comme pour toutes luttes sociales, les défenseurs de la cause ont des visions qui diffèrent quant aux moyens à prendre pour faire progresser la société vers leur idéal. Nous pourrions imaginer une forme d’échelle mesurant le degré de radicalisation des militant.es selon les actions qu’ils préconisent et la réceptivité de leurs idées au sein de la population en général. Il faudrait cependant ne pas omettre de considérer que cette réceptivité à certaines idées puisse être lourdement influencée par le traitement du pouvoir politique et médiatique réservé à celles-ci.

En ce sens, les discours de la décroissance et de l’écosocialisme sont bien moins populaires, en partie parce qu’ils sont moins diffusés que ceux du développement durable ou plus récemment et plus spécifiquement, de l’économie circulaire. La prédominance des deux derniers concepts peut très bien s’expliquer par le fait qu’ils s’inscrivent dans une continuité de la logique marchande mettant l’offre et la demande au cœur de l’organisation globale de la société. En acceptant la subordination de la valeur d’usage à celle de la valeur d’échange, ce capitalisme vert se limite à faire la promotion d’une industrie verte s’éloignant de la lutte sociale concrète et se rapprochant plutôt du slogan commercial.

Le privilège de polluer : un droit qui s’achète

L’appropriation politique et marchande des concepts écosocialistes aura par ailleurs donné lieu à l’émergence d’un marché du droit à polluer, ou marché des gaz à effet de serre. Cette logique du pollueur-payeur a fait son apparition sur la scène internationale comme une forme de compromis permettant à certaines Nations de se conformer au protocole de Kyoto sans toutefois remettre en question le modèle économique dominant sur leur territoire et à l’échelle mondiale.

Le discours de la révolution verte et solidaire pour être recevable dans les pays occidentaux aura en quelque sorte été amputé par la société marchande (politique, corporative et consommatrice) de tout ce qu’il avait de révolutionnaire et juste sur le plan social.

Le capitalisme vert se limite à faire la promotion d’une industrie verte s’éloignant toutefois dans le discours et l’action de la lutte sociale concrète et se rapprochant plutôt du slogan commercial. – Crédits : PxHere

Pour une relance juste et verte, mais pas « juste » verte

Comme mentionné plus haut, il serait futile de tenter de faire valoir la primauté d’une cause par rapport à une autre en imaginant une sorte de hiérarchie des urgences auxquelles nous devrions nous attaquer en tant que société. L’exercice proposé ici est plutôt de revoir notre conceptualisation des luttes environnementales comme étant au service d’une plus grande lutte pour la justice sociale qui saurait nous extirper de la logique appauvrissante du libre marché et qui ne serait pas exclusive à une classe marchande privilégiée et apte à se payer bonne conscience.

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