Par Florie Dumas-Kemp, mars 2017

Certaines personnes voient le féminisme comme un bloc monolithique. situation compréhensible, puisque le féminisme est rarement présenté dans toute la complexité de ses nombreux enjeux, et encore moins dans la diversité des réalités vécues par l’ensemble des femmes. D’autres considèrent que les tensions qui existent au sein du féminisme constituent une preuve de son manque d’unité. les féministes « diviseraient » les mouvements de gauche, et se diviseraient même entre elles! en réalité, le féminisme est pluriel. si toutes les féministes conviennent que les oppressions des femmes doivent être abolies, toutes ne s’entendent toutefois pas sur la façon d’y parvenir ni sur les enjeux à prioriser.

Pensons aux courants féministes autochtones, queers, lesbiens, radicaux, musulmans, anti-capacitistes ou même socialistes et autres qui sont généralement marginalisés par un féminisme dominant, souvent qualifié de féminisme blanc, c’est-à-dire un féminisme plutôt libéral qui se concentre sur la notion de sexisme seulement, et cela, aux dépens des autres oppressions vécues par les femmes les plus marginalisées. À défaut de pouvoir tous les présenter, nous en verrons de façon sommaire deux qui témoignent de cette diversité de points de vue.


Donald Trump a tenu des propos misogynes lors de l’enregistrement d’une émission de télévision en 2005. Parmi ces propos, l’extrait « grab them by the pussy » a été largement diffusé durant la campagne présidentielle et a généré des réponses créatives des féministes dont « This pussy grabs back ».

Féminisme noir

Un courant majeur au sein du féminisme est celui du Black feminism, aussi appelé féminisme noir ou afro-féminisme. Il se caractérise par l’attention qu’il porte aux expériences vécues par les femmes noires. Se trouvant à l’intersection du racisme, du sexisme et du classisme, les femmes noires voient leur oppression comme bien plus qu’une accumulation de ces systèmes, soit plutôt comme une oppression spécifique du fait qu’elles sont noires. La féministe américaine Audre Lorde l’explique ainsi: « Je suis une Black feminist. Je veux dire par là que je reconnais que mon pouvoir ainsi que mes oppressions primaires sont le résultat de ma condition en tant que noire et en tant que femme. Par conséquent, mes luttes sur ces deux fronts sont inséparables ». Les tenantes du Black feminism reprochent au féminisme plus mainstream, donc blanc, de ne pas tenir compte du racisme dans sa critique de l’oppression des femmes, oubliant de facto les femmes noires et des autres ethnies. La riposte contre cette oppression spécifique, le « misogy-noir » (concept de Moya Bailey), se doit donc aussi d’être spécifique. C’est pourquoi le féminisme noir entre en jeu. Au Québec, le féminisme noir est présent notamment à travers des groupes comme Third Eye Collective ou From a Sista, outta lova.

Transféminisme

Un autre important courant, généralement relégué au second plan des luttes féministes dominantes, est celui du transféminisme. Dans ce féminisme, on se concentre sur les expériences des femmes trans. Les personnes trans sont celles à qui on a assigné à leur naissance un genre qui ne correspond pas à leur identité de genre. Le transféminisme vise donc à abattre la misogynie particulière aux femmes trans, mais aussi la transphobie comme système de domination et d’exclusion des personnes trans. Pour l’auteure Julia Serano, « lorsque la majorité de la violence et des violences sexuelles commises contre les personnes trans est dirigée envers les femmes trans, ce n’est pas de la transphobie, c’est de la trans-misogynie ». Divers enjeux traversent ce courant au Québec comme ailleurs : reconnaissance des réalités trans, accès à des papiers correspondant à l’identité de genre ou rejet d’un féminisme transphobe, pour n’en nommer que quelques-uns.

Il faut voir la pluralité des courants féministes comme une richesse et même une nécessité pour le mouvement féministe. Un féminisme qui se prétend universel, mais qui ignore la diversité de ses courants minoritaires est voué à n’exister que pour les plus privilégiées. L’universalisme devient alors un leurre. Le front commun, nécessaire à la lutte des femmes, est impossible sans une réelle prise en compte des réalités plurielles des femmes!

Sources pertinentes  :

bell hooks. 2015 (parution en 1981). Ne suis-je pas une femme ? : Femmes noires et féminisme. Collection Sorcières, 224 p.

“From a Sista, outta love”, Blog afro-féministe (Montréal) : https://fromasista.wordpress.com/

“Third Eye Collective”, Collectif black feminist (Montréal) : http://thirdeyemontreal.com/

MWASI, Collectif afroféministe (France) : http://thirdeyemontreal.com/

Julia Serano. 2014 (parution 2007). Manifeste d’une femme trans et autres textes. Édition : Tahin Party, 144p.

“Assignée garçon”, Bédé québécoise en ligne sur les enjeux des personnes trans : http://assigneegarcon.tumblr.com/

Collectif OUTrans (France) : http://outrans.org/ressources/articles/transfeminismes/

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