Lauréanne DaneauLauréanne Daneau, Environnement Mauricie, février 2018

Les arbres et les plantes possèdent la capacité de filtrer et de décontaminer sol, eau et air. Ce phénomène se nomme la phytoremédiation, et une expertise dans ce domaine a été développée à l’Université de Montréal (UdeM). Grâce à des travaux de recherche menés à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), en partenariat avec Innofibre et le Centre d’études des procédés chimiques du Québec (CÉPROCQ), il est également connu que les écorces d’arbres contiennent des ingrédients actifs aux propriétés médicinales et cosmétiques. Mais comment des pratiques de phytoremédiation peuvent-elles influencer les ingrédients actifs contenus dans l’écorce ?

Il s’agit de la question au cœur d’un nouveau projet de recherche lancé dernièrement à l’UQTR et qui se déroulera sur trois ans. Professeurs au département de chimie, biochimie et physique de l’UQTR, Simon Barnabé et Isabel Desgagné-Pénix pilotent l’étude en collaboration avec d’autres chercheurs dont les professeurs Frédéric Pitre et Michel Labrecque de l’UdeM.

L’écorce et ses antioxydants

Dans le passé, des études menées par l’UQTR, Innofibre et le CÉPROCQ sur l’écorce d’arbre ont permis d’identifier des ingrédients actifs telles que des molécules antioxydantes utiles aux traitements contre le cancer, et d’autres aux propriétés médicinales, cosmétiques et nutraceutiques. Or, « seules des expérimentations sur de l’écorce issue de scieries avaient été étudiées », rapporte Simon Barnabé, qui souhaite à présent étudier ce phénomène dans un contexte de phytoremédiation.


Décontamination des sols
La décontamination de sols par l’utilisation de plantes est une approche de mieux en mieux documentée. Un nouveau projet de recherche de l’UQTR tente maintenant de savoir si ces contaminants influencent les ingrédients actifs contenus dans l’écorce des arbres. Les sols de l’usine Aleris au Cap-de-la-Madeleine pourraient-ils être décontaminés par des plantes? Crédits: Dominic Bérubé

La nouvelle étude prévoit donc d’analyser deux parcelles situées à Montréal et en banlieue d’Edmonton, comportant une centaine de saules plantés il y a environ cinq ans. Ces arbres prennent racine dans des sols contaminés qui sont irrigués par des eaux usées traitées. Alors que les racines et le feuillage filtrent les composantes nocives et décontaminent le sol, « les saules sont exposés à un stress qui engendre une augmentation des ingrédients actifs concentrés dans l’écorce », explique Simon Barnabé. Ce printemps, quelques spécimens seront coupés pour permettre aux chercheurs d’extraire ces ingrédients actifs à haute valeur ajoutée et d’en étudier leurs composantes.

Une nouvelle expertise pour la région

Alors que les villes de Shawinigan, Trois-Rivières et Bécancour sont aux prises avec de nombreux problèmes de sols contaminés, il apparaissait opportun pour Simon Barnabé que l’UQTR possède une expertise pouvant répondre à ces défis. « Étant spécialiste en valorisation de la biomasse forestière, je voulais que mon équipe et mes proches collaborateurs d’Innofibre travaillent sur un projet d’étude en phytoremédiation pour développer une expertise régionale utile à la décontamination des sols », mentionne-t-il. Au cours des trois années prévues pour l’étude, l’équipe de recherche souhaite mettre en place au moins une parcelle expérimentale dans la région. Pour l’instant, aucun site n’a encore été retenu.

Une équipe spécialisée

Pour rendre cette étude possible, les professeurs Barnabé, Desgagné-Pénix, Pitre et Labrecque bénéficient de la collaboration d’autres chercheurs : Yacine Boumghar (CÉPROCQ – Collège de Maisonneuve), Jean-Philippe Jacques et Nathalie Bourdeau (Innofibre – Cégep de Trois-Rivières), et de la participation d’Agro Énergie, Enerkem et NRCan. Prennent aussi part à ce projet cinq étudiants universitaires (UQTR et UdeM) de premier, deuxième et troisième cycles et de niveau postdoctoral, alors qu’une phase de recrutement de nouveaux étudiants reste à venir.

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