Lauréanne DaneauLauréanne Daneau, Environnement Mauricie, mars 2018

Les inondations printanières de 2017 ont causé des dommages chiffrés à plusieurs centaines de millions de dollars et affecté 5260 résidences et 557 routes en plus de provoquer l’évacuation de 4000 personnes. Il s’agit du plus fort apport en eau depuis 1974. Or, pour de nombreux experts, il est possible de se préparer aux inondations et d’en prévenir les conséquences à condition que les municipalités soient mieux outillées. 

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Comme son nom l’indique, c’était d’ailleurs le thème choisi pour l’événement Agir en amont : Congrès provincial sur la gestion des inondations tenu au début du mois de février à Drummondville auquel ont participé près de 300 personnes. Organisé par le Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ) et le Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL), ce congrès a permis d’explorer des pistes d’action concrète prenant appui sur des recherches scientifiques et les mesures couronnées de succès mises de l’avant par les municipalités de Saint-Raymond, Gatineau, Coaticook et Beauceville.

Gestion de l'eau
Un milieu humide en bordure de l’autoroute 40 à Trois-Rivières a récemment été remblayé et remplacé par des concessionnaires automobiles. Une gestion de la sorte peut, si elle est répétée, augmenter les risques d’inondations ou les effets de celles-ci.
Crédits : Dominic Bérubé

De réactive à proactive

Pour Pascale Biron, professeure à l’Université Concordia et membre du GRIL, les décideurs publics et les gestionnaires se doivent de passer d’une attitude réactive à une attitude proactive en matière de gestion des inondations, en adoptant par exemple une gestion intégrée du risque d‘inondation (GIRI). Cette approche consiste à procéder à l’aménagement du territoire en tenant compte des phénomènes naturels comme la migration des rivières – eh oui ! elles bougent – et leur débordement. Essentiellement, il s’agit de respecter l’espace de liberté des cours d’eau.

La GIRI permet d’aménager le territoire de façon à prévenir et atténuer le risque d’inondation notamment en retenant l’eau en amont d’un bassin versant grâce à la création d’espaces de rétention, puis en prévoyant des zones vers lesquelles une rivière peut déborder. La création en milieux urbains d’infrastructures vertes telles que des parcs riverains ou encore l’utilisation d’asphalte poreuse qui laisse le sol absorber la pluie sont d’autres mesures efficaces utilisées en Europe et aux États-Unis. D’après Pascale Biron, chaque million de dollars investi dans l’atténuation des inondations permettrait de réduire de 5 à 7 millions de dollars les coûts de gestion d’une crise.

Meilleure connaissance, meilleure planification

L’une des sessions thématiques présentées lors de cette journée portait sur l’importance de connaître les impacts des inondations pour mieux anticiper l’intervention et l’urgence. Des représentants du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques ont par ailleurs présenté de nombreuses données recueillies grâce aux stations climatiques et nivométriques. Ces données ayant trait entre autres à la température, aux précipitations, à l’épaisseur du couvert neigeux et à la quantité d’eau dans la neige permettent d’estimer certaines des conditions du printemps à venir. Décideurs publics et gestionnaires sont invités à en prendre connaissance pour prévenir les risques d’inondation.

Les chercheuses Isabelle Thomas et Nathalie Barrette, respectivement des universités de Montréal et Laval, ont pour leur part souligné l’importance de documenter les vulnérabilités pour favoriser le dialogue avec les différents intervenants et la collectivité. Les outils cartographiques, tels que l’Atlas web de la vulnérabilité des populations québécoises aux inondations qui sera public d’ici quelques mois, servent justement à appuyer les aménagistes dans leur planification du territoire. Fort utile quand vient le temps d’autoriser la construction de nouvelles résidences.

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