Valerie Delage Gazette de la MauricieValérie Delage, février 2018

Février est le mois de la culpabilité financière pour moi! C’est celui où je me fais constamment rappeler, par les innombrables analystes financiers, à quel point je suis une mauvaise gestionnaire de mon argent et une piètre planificatrice de mon avenir.

La saison de préparation des impôts bat son plein et la chasse au REER est officiellement ouverte. Si mon intérêt pour cette quête est aussi faible que pour la chasse à l’orignal, elle suscite de surcroît en moi un désagréable sentiment d’incompétence. Je l’avoue sans fierté, je n’accorde que très peu de temps et d’attention à la gestion de mes finances.

Il faut dire que je ressens aussi un certain instinct de rébellion à l’idée d’encourager un  fonctionnement de notre société basé sur l’argent. Les vendeurs de services financiers insistent pour que nous achetions leurs produits en nous faisant sentir combien il est irresponsable de ne pas épargner, de ne pas planifier sa retraite, etc. Or, dans le contexte actuel de surendettement et de pression à faire des placements, je ne peux m’empêcher de me demander à qui profite réellement cet argent durement gagné et aussitôt aspiré ailleurs. Surtout quand je vois que les banques et autres grandes entreprises cotées en bourse affichent des profits records chaque année, tandis que leurs dirigeants gagnent mon salaire annuel en quelques minutes.

J’apaise un tantinet mes remords de conscience en me disant que le peu de REER que je possède est un investissement socialement responsable (ISR), les gestionnaires du fonds m’assurant vaguement qu’ils utilisent cette approche. Toutefois, même après de longues recherches sur Internet, je n’ai pu trouver aucune information sur la liste des entreprises soutenues par mon argent. Et quoi qu’il en soit, je dois me résoudre à faire partie des gens qui encouragent la spéculation boursière.

Des personnes ayant de bien meilleurs revenus que moi me font comprendre, à l’aide d’un jargon hermétique, que je suis inconsciente de ne pas investir dans des REER ni de ne pas planifier ma retraite. Inévitablement, la moralisatrice fable de La Fontaine « La cigale et la fourmi » se met alors à tourner en boucle dans mon esprit – celui-ci certainement trop porté à la chanson! Le hic, c’est que je travaille dans un organisme communautaire. Autant dire que je ne roule pas sur l’or. Comme une bonne portion de la population, je m’inquiète surtout de savoir à quel âge je pourrai bien prendre ma retraite.

L’argument qu’on avance le plus souvent pour me convaincre de ce concept individualiste d’investissement est que si je place de l’argent dans un REER, je paierai moins d’impôt. Le message que je décode, c’est que « je suis la seule responsable de la cagnotte pour mes vieux jours et la seule à blâmer si je n’y vois pas. Et je ferais mieux de placer mon argent pour mon propre avenir plutôt que de le gaspiller en impôts. » Mais les gens à faible revenu arrivent tout juste à boucler leur budget mensuel. Alors quelle marge d’épargne peuvent-ils dégager pour investir dans un REER? Par contre, les gens riches peuvent se permettre de ne pas payer d’impôt en optant – avec l’aide de banques et de firmes comptables – pour l’évasion fiscale. J’ai la désagréable impression que, bientôt, nous ne serons plus assez pour maintenir nos services publics…

Par conséquent, je persiste à payer fièrement mes impôts – ce n’est pas du gaspillage à mes yeux, car je fais partie des « hurluberlus » qui pensent que s’offrir collectivement des services, comme une retraite décente pour tout le monde, constitue notre plus grande richesse.

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