Florie Dumas-Kemp, mars 2018

Sans aucune narration ni commentaire d’experts, le film Ouvrir la voix donne tout l’espace de parole à 24 femmes afro-descendantes européennes. On y aborde entre autres la religion, l’art, la dépression, la sexualité, les standards de beauté blancs, les discriminations raciales en éducation et la fétichisation sexuelle des femmes noires. Nous avons eu la chance de rencontrer la réalisatrice Amandine Gay afin qu’elle nous parle de son premier film autofinancé et d’enjeux d’accessibilité en arts et culture.

Ces personnages de femmes noires « pas réalistes »

Également comédienne, Amandine Gay avait souvent été cantonnée en France à jouer des rôles raciaux stéréotypés. Elle avait alors commencé à écrire de la fiction avec des personnages diversifiés de femmes noires. Toutefois, elle n’arrivait pas à faire produire ses projets puisqu’on lui répondait trop souvent « ces filles-là, elles existent pas en France, c’est pas réaliste ». En se tournant vers le documentaire, la cinéaste voulait ainsi « voir les femmes noires représentées d’une façon qui [lui] semblait plus proche de la réalité, dans quelque chose qui [leur] donne de l’agentivité, plus de pouvoir ».

Amandine gay
Ouvrir la voix sera présenté au Ciné-campus de Trois-Rivières le 8 mars à 19h30. (https://www.facebook.com/events/148097959197904/)

Des choix esthétiques politiques

Pour cette réalisatrice, la forme est tout aussi importante que le fond, « parce que l’esthétique, c’est aussi politique ». En ce qui concerne l’éclairage du film, elle nous confie son expérience du milieu cinématographique : « C’est en lumière naturelle, parce qu’on m’avait beaucoup dit quand j’étais comédienne que les comédiens noirs travaillaient moins parce que c’est dur de nous éclairer, que nos peaux prennent moins bien la lumière. » Avec son œuvre, elle souhaite montrer que « si les gens savent travailler, et éclairer les personnes noires, bah, en fait, c’est très beau les peaux noires ! »

Sans artifice, Ouvrir la voix met en scène une conversation authentique entre femmes noires. Elle nous explique le choix de focaliser la caméra en gros plan sur leurs visages : « Il y a pas besoin de tous ces artefacts qu’il y a à la télé, qui servent à divertir le public. Moi, je veux que quand elles parlent, on les écoute. »

Des changements structurels

Faute de subvention pour son documentaire, Amandine Gay a dû porter bien des chapeaux : réalisatrice, auteure, monteuse, productrice, etc. Bien qu’elle ait su le faire brillamment et que l’art est pour elle un outil d’émancipation, elle souhaite voir des changements institutionnels. « C’est vraiment la question de la structure. Moi, en tant qu’artiste, ce que je peux faire, c’est faire le film Ouvrir la Voix, et puis je donne des conférences. » Ce qu’il faut, ce sont « des politiques culturelles pour faire émerger toutes les voix », nous rappelle-t-elle. Elle invite aussi à s’intéresser à l’accessibilité universelle des lieux et des films pour les personnes en situation de handicap ou pour les personnes sourdes, par exemple.

Être Noire au Québec

Même si son film interroge des femmes noires, principalement en contexte français, il résonne avec l’expérience des femmes noires de plusieurs pays, notamment celles vivant au Québec. « Ce qui est commun dans l’expérience minoritaire noire, c’est tout ce qui a trait à l’intime, à la question de la représentation, de ce qui est considéré comme étant beau, et puis tout ce qui a trait à la discrimination, à l’orientation scolaire et à la fétichisation sexuelle. » « Votre film m’a fait du bien », « Ça m’a fait sentir moins seule » sont des témoignages qu’on peut entendre lors des discussions qui suivent ses projections.

Bref, ne ratez pas l’occasion d’assister à la projection-discussion du documentaire le 8 mars, une initiative du Comité Femmes et Développement du Comité de Solidarité de Trois-Rivières.

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