Real Boisvert Gazette de la MauriciePar Réal Boisvert, mars 2017

En ce mois de la journée internationale des femmes, comment oublier que Donald Trump ne se gène pas pour dire qu’il aime bien «attraper les femmes par la chatte». La chose est tellement surréelle qu’il est impensable qu’un seul politicien au Québec puisse même songer à utiliser un tel vocabulaire. En comparaison, Bernard Gauthier a des accents de poète lorsqu’il justifie son entrée en politique par le fait qu’il a l’impression de se faire faire l’amour par derrière. C’est dire l’écart qui oppose, au chapitre des bonnes manières, le parler vernaculaire de Bernard Gauthier et le slang phallocentrique de Donald Trump.

Donald Trump insulte les juges, houspille les journalistes, se moque des gens qui ont un handicap. Voilà quelqu’un qui se targue de ne jamais lire un texte de plus de trois paragraphes. Il erre, diton, le soir dans les couloirs de la Maison blanche, sans repentances pour ses inconduites commerciales, fiscales, ou antisyndicales. Le jour, il s’adresse aux dirigeants étrangers en termes très peu diplomatiques. Cet homme, narcissique et imprévisible, est à la tête de la première puissance mondiale.

Avouons qu’il y a de quoi s’inquiéter. La seule pensée de savoir que Donald Trump est capable de lancer à tout moment ses missiles donne froid dans le dos. Qui ne tremble pas au fond de lui-même en songeant qu’une sorte de Caligula moderne, et je reprends ici la terminologie d’usage, oui, qu’un Caligula moderne tient le monde entier par les couilles … On en a entendu se demander comment se fait-il qu’autant de femmes aient pu voter pour lui. Dans les faits, elles ont quand même opté pour un misogyne accompli. Comment eut-on pu imaginer qu’elles se jetassent au surplus et en si grand nombre dans les bras d’un démagogue fou ? Comment se fait-il enfin qu’elles n’aient pas donné leur préférence à une femme, certes contestable à maints égards, mais néanmoins digne de la fonction présidentielle ? La réponse est probablement que, même en se pinçant le nez, elles étaient incapables de voter pour Hilary Clinton. Probablement aussi que plusieurs d’entre elles et autant d’hommes bien sûr étaient plutôt déconcertés par les propos de Bernie Sanders, du moins celles et ceux qui se sont donné la peine de l’écouter. À tout événement, les gens qui ont voté pour Trump ne veulent pas faire la révolution. Ils veulent juste garder leur maison. Et leur tort aura été d’avoir cru en votant pour lui qu’ils pourraient avoir des rêves à nouveau. Dans le fond, il est peut-être plus gagnant de miser sur Trump que de je jouer à la Loto, se sont-ils probablement dit. Voilà tout. Cette explication a le mérite de nous faire comprendre à quel point sont futiles après coup nos petites disputes accusatrices et nos emportements de circonstance.

Pour le reste, quelle leçon tirer de tout ça ? En fait, le mieux serait peut-être qu’on se garde d’en tirer de trop hâtives. Encore moins de faire la leçon à quiconque. Occupons-nous d’abord de ce qui se passe ici. On en a plein les bras. Ensuite, il se peut bien que pour faire advenir un monde meilleur, il importe encore avant tout de profiter de chaque instant qui passe et d’agir à la manière de Spinoza, en faisant ce que doit et en allant à sa joie.

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