Jean-François Veilleux, décembre 2017

Au-delà des commémorations qui ont eu lieu en 2017, le troisième et dernier passage du général Charles de Gaulle (1890-1970) en terre québécoise a été occulté. Revenons brièvement sur cet événement qui aura placé le Québec sur la carte géopolitique du monde.

Le lundi 24 juillet 1967, le général quitte Québec en direction de Montréal en s’arrêtant dans chacun des comtés qu’il doit traverser, soit à Donnacona, à Sainte-Anne-de-la-Pérade, au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap-de-la-Madeleine, à Trois-Rivières, à Louiseville, à Berthierville puis à Repentigny. Selon les journaux de l’époque, on estime à près de 100 000 le nombre de personnes venues l’accueillir et le saluer sur la rive nord du Saint-Laurent. D’autres sources parlent même d’un million de personnes !

Le général Charles de Gaulle lors de son passage à Trois-Rivières le 24 juillet 1967. Il est accompagné du premier ministre de l’époque, Daniel Jonhson.
Crédits : Jean-Luc Dion

Pour cette occasion spéciale, à l’initiative du premier ministre du Québec, Daniel Johnson, le gouvernement québécois investit un million de dollars (en valeur de 1967) pour pavoiser le « chemin du Roy » de drapeaux tricolores (bleu-blanc-rouge) et de fleurdelisés. On parle alors d’au moins 200 000 drapeaux dont 50 000 déployés seulement à Trois-Rivières.

C’est d’ailleurs à Trois-Rivières qu’il fait son arrêt le plus long, car il est attendu pour dîner au Séminaire Saint-Joseph où il a aussi la possibilité de faire une sieste. Trois-Rivières, qui compte alors quelque 60 000 habitants, était la principale étape entre Québec et Montréal.

Après cinquante minutes de retard sur le protocole prévu, soit vers 12 h 50, le général arrive par le pont Duplessis escorté de plusieurs policiers à motocyclette, de quatre autobus et d’une cinquantaine d’automobiles mises à la disposition des journalistes. Malgré la pluie, entre 5 000 et 10 000 Trifluviens l’attendent pour avoir l’unique chance de l’apercevoir.

Devant le Séminaire Saint-Joseph, il défend l’affranchissement du Québec comme peuple libre, maître de sa destinée. Il semble que tous les journalistes présents aient été unanimes à reconnaître que le général a été accueilli triomphalement par la population. La foule compacte venue entendre le président français est en liesse et entonne successivement les hymnes nationaux La Marseillaise et Ô Canada. Plus qu’à l’étranger, c’est ici, en sol québécois, qu’on lui aurait manifesté la plus grande acclamation. Avant de repartir, Charles de Gaulle signera le livre d’or du Séminaire de Trois-Rivières ainsi que celui de la cité de Laviolette.

Toutefois, c’est à Montréal, sur le balcon de l’hôtel de ville, que le général a fait son discours le plus célèbre devant près de 100 000 personnes rassemblées. Ses paroles enflamment les esprits, surtout lorsqu’il termine par « Vive le Québec libre ! ».

De nos jours, à Trois-Rivières, contrairement à la majorité des autres villes traversées par l’illustre invité, aucune plaque ni rue ni espace public ne commémore cette grande visite. Une lettre publiée le 15 mars 2017 dans Le Nouvelliste déplorait justement cette situation. Pourtant, en 1997, à l’occasion du trentième anniversaire de l’événement, le ministre péquiste Rémy Trudel avait remis à chacune des villes étapes du parcours du président une plaque commémorative… Mais où est-elle ?!


Sources:

Hebdomadaire Sept-Jours, 29 juillet 1967, « Le long du Chemin du Roy la grande revoyure ».

Le Nouvelliste, 25 juillet 1967, p. 3, article de Georges Lamon.

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