Jean-François Veilleux – Chronique Histoire 

Le gagnant de la présente élection du 46e président des États-Unis aura la tâche d’améliorer la vie des gens, de préserver la sécurité de la nation et de forger l’unité du pays. Au-delà de la qualité discutable des candidats, il importe de rappeler quelques éléments fondamentaux dans l’histoire de notre voisin du sud afin de mieux en saisir les valeurs.

Aux origines du pays de la liberté

Nés de la volonté d’indépendance politique des treize colonies anglaises en sol américain, les États-Unis sont le premier pays à s’émanciper d’un empire colonial. Venus en Amérique afin de faire fortune ou pour fuir les persécutions religieuses en Angleterre (c’est le cas des Puritains), les colons réussissent à créer un nouveau pays par une véritable révolution, qu’on appelle la Guerre d’indépendance (1775-1783). Les mots « démocratie » ou « nation/national » sont absents : on veut une république américaine.

Une constitution est officialisée le 17 septembre 1787 à Philadelphie, la première capitale du nouvel État.

Au contraire de la Révolution française de 1789, plutôt idéologique, celle des États-Unis est dite « pragmatique ». La tyrannie, la corruption et le complot sont au centre du débat. On tente d’établir en Amérique une nouvelle Angleterre purifiée à partir de communautés paradoxalement issues de religieux et de marginaux en exil. Pour donner plus de crédibilité au gouvernement central de l’Union, une constitution est officialisée le 17 septembre 1787 à Philadelphie, la première capitale du nouvel État. On la doit à 55 hommes blancs, presque tous très riches, dont 19 possèdent des esclaves. Exemple : le principal rédacteur de la Déclaration d’indépendance (1776), Thomas Jefferson, avait 200 esclaves en 1784.

Trois quarts de siècle plus tard, c’est sur le thème de l’esclavage qu’éclate la guerre de Sécession (1861-1865) entre le nord et le sud du pays, où se trouvaient quatre millions d’esclaves, soit le tiers de la population du Sud. Abraham Lincoln, alors chef du Parti républicain (fondé en 1854), ne fait pas la guerre pour émanciper les esclaves, mais plutôt pour détruire le pouvoir des esclavagistes, appuyés officieusement par certaines élites britanniques et françaises. Dans la politique interne, il s’oppose au Parti démocrate, fondé par Andrew Jackson en 1828, qui défend l’esclavagisme et les droits individuels. Plus de soldats états-uniens périront durant cette seule guerre (civile) que dans toute l’histoire militaire et belliqueuse des États-Unis: on parle de 620 000 morts et 200 000 mutilés.

 

Au printemps 1776, le Québec refuse l’appel du célèbre homme politique, scientifique et diplomate Benjamin Franklin, alors à Montréal au nom du Congrès général tenu à Philadelphie, pour qu’on forme le 14e territoire des futurs États-Unis d’Amérique.

Les États-Unis sont le premier pays à s’émanciper d’un empire colonial

Une relation amour/haine

Le 26 octobre 1774, le Congrès américain invite les habitants du Québec à se joindre à sa révolution. Au printemps 1776, le Québec refuse l’appel du célèbre homme politique, scientifique et diplomate Benjamin Franklin, alors à Montréal au nom du Congrès général tenu à Philadelphie, pour qu’on forme le 14e territoire des futurs États-Unis d’Amérique.

À la suite de l’adoption par Londres de l’Acte d’union (1840), qui force la fusion entre le Bas-Canada (Québec) et le Haut-Canada (Ontario), et de l’incendie à Montréal du parlement du Canada-Uni, le 25 avril 1849, c’est tout un mouvement annexionniste qui se met aussitôt en branle au Québec, mais il sera plutôt de courte durée. À cette époque, une partie de la population, des francophones, mais surtout des marchands anglais aurait préféré se joindre au système républicain des États-Unis au lieu de continuer à subir la domination de la monarchie britannique. Le carnage de la révolution des Patriotes de 1837-38 était frais dans les esprits. Ce mouvement dura environ jusqu’après la Confédération de 1867, mais ceci est une autre histoire.

Même si les États-Unis ont envahi deux fois le Canada britannique afin de le conquérir, notamment en franchissant les frontières du Québec en 1775 et en 1812, nous avons toujours résisté à l’envahisseur. C’est par un traité signé en octobre 1818 qu’est fixée la ligne du 49e parallèle nord qui sépare les deux patries. Elle sera achevée dans l’ouest par la signature du traité de l’Oregon en juin 1846. Encore aujourd’hui, treize États américains partagent cette frontière avec le Canada : 8 891 km au total soit 6 414 km entre les deux océans et 2 477 km pour la frontière avec l’Alaska. C’est la plus longue frontière du monde entre deux peuples et 90 % de la population canadienne vit à moins de 200 km de cette limite.

Inaugurée en 1940, la Délégation générale du Québec à New York est la deuxième plus vieille de notre réseau après celle de Londres. Les autres délégations du Québec dans ce pays sont à Chicago (1969), Los Angeles (1970), Boston (1970), Atlanta (1978), Washington DC (1978) et à Houston (2015). De plus, des antennes du Québec se trouvent aussi à Philadelphie et dans la Silicon Valley en Californie. En fait, le Québec est le 10e partenaire commercial des États-Unis avec des échanges bilatéraux de 66 milliards de dollars. Plus de 12 000 entreprises québécoises font affaire avec les États-Unis et au moins 255 000 Américains travaillent pour des entreprises québécoises installées aux États-Unis.[1] De nos jours, les 3/4 des exportations canadiennes vont vers les États-Unis et la moitié des importations du Canada en proviennent. Selon le mouvement Desjardins, les exportations québécoises vers les États-Unis en 2017 représentaient 20% de notre PIB.

Malgré quelques cafouillages sur certains dossiers, comme le bois d’œuvre, l’aluminium et l’hydroélectricité québécoise (une énergie soi-disant non renouvelable), il faut avouer que ce commerce est vital aux deux pays. Par contre, les traités de libre-échange ont aussi un prix à payer, parlez-en aux agriculteurs puis aux producteurs laitiers et fromagers…

Défendant une politique d’unilatéralisme, les États-Unis vont s’imposer un peu partout dans le monde par des interventions à des fins prétendument démocratiques ou pour défendre de jeunes républiques.

Un pays violent

Huit présidents des États-Unis d’Amérique sur 44 sont morts en cours de mandat depuis l’élection du premier d’entre eux, George Washington, en 1789. En réalité, si quatre meurent de causes naturelles, les quatre autres sont carrément assassinés : Lincoln en 1865, James A. Garfield en 1881, William McKinley en 1901 puis le célèbre John Fitzgerald Kennedy, le premier et le seul président de religion catholique, à l’âge de 46 ans, le 22 novembre 1963 à Dallas. D’autres présidents seront également victime d’une tentative d’assassinat, notamment Andrew Jackson en 1835 et Ronald Reagan en 1981.

Les États-Unis ont une relation singulière avec les armes. Rappelons que le deuxième amendement de la Constitution, l’un des dix amendements votés en 1791 (Bill of Rights), stipule le droit inaliénable pour chaque citoyen de porter une arme. En octobre 2015, le Washington Post annonçait que depuis 2010, le nombre d’armes à feu civiles en circulation (357 millions) venait de dépasser le nombre d’habitants (317 millions) ! En 2017, le pays a également battu un nouveau record annuel avec 44 000 morts par arme à feu.[2]

Les gendarmes du monde

Défendant une politique d’unilatéralisme, les États-Unis vont s’imposer un peu partout dans le monde par des interventions à des fins prétendument démocratiques ou pour défendre de jeunes républiques. Pour ce faire, ils s’appuient souvent sur des régimes tyranniques locaux (Nicaragua, Honduras, Guatemala) ou bien ils chassent des gouvernements socialistes élus démocratiquement, comme celui de Salvador Allende le 11 septembre 1973 au Chili. Pour en savoir davantage, il faut lire Le livre noir des États-Unis (2002) de Peter Scowen.

Une étude étonnante a également démontré que les États-Unis ont été en guerre 91 % du temps depuis 1776. De ses 244 années d’existence, ce pays n’en aura connu que 21 en paix…[3]

Nos voisins du Sud sont les seuls à avoir utilisé, comme outil d’attaque, l’arme atomique dans toute l’histoire de l’humanité, affirmant ainsi leur superpuissance internationale. Le largage des deux bombes sur des groupes majoritairement civils (plus de 300 000 morts), afin que le Japon dépose les armes, alors que la reddition était une question de jours, reste un des moments les plus controversés de l’histoire américaine.

À cause de leur politique étrangère impériale, la grogne à leur égard est palpable un peu partout dans le monde. Selon les services de renseignements américains, un tiers de toutes les attaques terroristes dans le monde en l’an 2000, il y a vingt ans, était dirigé contre des intérêts américains ! Outre la révolution pour l’indépendance en 1776, la guerre civile et la Deuxième Guerre mondiale, le 11 septembre 2001 est la quatrième grande rupture de l’histoire de cette nation construite sur un nationalisme chrétien évangélique.

En 1776, ils adoptaient la devise de 13 lettres E pluribus unum (en latin : « De plusieurs, un »), proposée par le Suisse Pierre-Eugène Ducimetière au comité chargé de l’élaboration du sceau. Elle fut considérée comme la devise des États-Unis jusqu’en 1956 quand le Congrès des États-Unis passa une loi (H.J. Resolution 396) adoptant In God We Trust (« En Dieu nous croyons ») comme devise officielle. J’aime bien les taquiner en disant qu’ils devraient plutôt prendre le slogan national : In GOLD we trust – Made in U$A !

Peu importe la personne qui est élue au poste de la présidence d’une des plus grandes puissances mondiales en matière militaire, diplomatique, culturelle et économique, espérons avec ardeur que les relations avec nos voisins du sud s’embellissent au lieu de s’envenimer. Ce n’est pas avec la construction de murs ou bien la défense à outrance de l’armement qu’on peut établir les conditions de possibilités d’une paix longue et durable.

Sources

[1] http://international.gouv.qc.ca/fr/new-york

[2] www.lapresse.ca/debats/opinions/2019-09-09/armes-a-feu-aux-etats-unis-nouveau-sommet-de-40-000-morts-par-annee

[3] www.dhnet.be/actu/monde/depuis-la-creation-des-etats-unis-le-pays-a-ete-en-guerre-218-ans-54ec591635700d7522c35fa1

 

 

 

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